Fashion Week en réalité augmentée et défilés virtuels | Coutureo
Article · 4 min

Fashion Week en réalité augmentée et défilés virtuels | Coutureo

Défilés en réalité augmentée, mannequins numériques, vêtements qui n'existent qu'à l'écran : où en est-on vraiment ? Notre regard depuis l'atelier.

CoutureoJournal d'atelier
25/05/2026 4 min de lecture
à lire au calme— l'équipe Coutureo
Journal Coutureoatelier · inspiration · savoir-faire
photo · Coutureo

Défilés en réalité augmentée, mannequins générés, vêtements qui n'existent que sur un écran. On a passé deux saisons à regarder ce qui se passe vraiment. Voici notre lecture, depuis un atelier qui travaille encore au fil et à l'aiguille.

Le grand mot et la petite réalité

Tu as forcément entendu parler des défilés en réalité augmentée. Les titres de presse sont enthousiastes : la haute couture entre dans le métavers, les mannequins n'existent plus, les robes vivent dans ton téléphone. La réalité est plus nuancée. Certaines maisons jouent vraiment le jeu, d'autres surfent sur le mot sans rien proposer de nouveau. Et la grande majorité reste fidèle au défilé physique avec quelques effets numériques en plus.

Ce qu'on voit, c'est une couche numérique qui s'ajoute, pas un remplacement. Le défilé devient un événement multi-canal : on a le passage physique, le live streaming, l'expérience en réalité augmentée sur smartphone, parfois une version dans un jeu vidéo ou sur une plateforme dédiée. Ce n'est pas la fin du défilé, c'est sa multiplication.

Ce qu'on appelle vraiment « réalité augmentée »

Avant d'aller plus loin, mettons les mots en place. La réalité augmentée superpose des éléments numériques à une image réelle. Tu pointes ton téléphone vers une affiche, et un défilé démarre dessus. Tu te regardes en caméra selfie, et tu essayes virtuellement une robe.

À ne pas confondre avec la réalité virtuelle, qui te plonge dans un environnement entièrement numérique avec un casque, et avec les défilés purement digitaux, où il n'y a aucun élément réel. Les trois cohabitent dans les annonces, ce qui rend les articles parfois confus.

Trois usages qui fonctionnent vraiment

  • L'essayage virtuel à distance, surtout chez les marques qui vendent en ligne. Tu visualises la pièce sur toi avant achat, ce qui réduit les retours.
  • Le défilé augmenté en boutique, où on te montre la collection complète sur un écran qui réagit à ta position.
  • Les vêtements purement numériques achetés pour porter sur ses photos en ligne ou dans des jeux. Marché de niche, mais réel.

En dehors de ces trois usages, beaucoup d'annonces restent du marketing. Une marque qui fait défiler des mannequins 3D sur Instagram pendant trente secondes, c'est de la vidéo, pas de la révolution.

Ce que ça change pour les créateurs

Le numérique soulève des questions nouvelles pour les créateurs. Faut-il dessiner une pièce qui n'aura jamais à supporter le poids d'un tissu ? Doit-on respecter la physique du textile dans une création virtuelle, ou s'en affranchir ? Un créateur qui ne couperait plus jamais un patron est-il encore un couturier ?

Ces questions ne sont pas absurdes. Plusieurs jeunes créateurs travaillent désormais en double piste : une collection physique limitée et une collection numérique vendue en NFT ou pour des avatars. Les deux nourrissent des marchés différents et n'entrent pas en concurrence directe. C'est une voie possible, et certains s'en sortent très bien.

« Quand j'ai présenté ma première robe en réalité augmentée, ma grand-mère m'a demandé si on pouvait la toucher. J'ai dit non. Elle m'a regardée et elle a dit : alors ce n'est pas une robe. Je n'ai jamais oublié. »

Le défi de la matière manquante

C'est le point qui revient le plus dans nos discussions à l'atelier. Un vêtement numérique n'a pas de matière. Pas de tombé qui change selon le mouvement, pas de froissé qui raconte une journée, pas d'odeur de lessive, pas de poids sur l'épaule. Pour qui aime le textile, c'est un manque énorme. Pour qui s'en moque, c'est un détail.

L'industrie est en train de tenter de combler ce manque avec des simulations physiques de plus en plus précises. Tu vois aujourd'hui des rendus de jersey qui tombent presque comme du vrai. Mais le « presque » reste perceptible à l'œil entraîné. Les meilleurs simulateurs de drapé valent encore moins qu'une bonne mousseline de soie en main.

Quelques maisons à suivre

Sans chercher l'exhaustivité, voici ce qu'on regarde de près en ce moment :

  • Les expérimentations de Balenciaga, qui ont posé l'idée du défilé jeu vidéo avant beaucoup d'autres
  • Les collections de DressX et The Fabricant, qui ne vendent que du numérique
  • Les passerelles d'Iris van Herpen, où la technologie sert encore une couture physique
  • Les ventes augmentées de Burberry, plus discrètes mais bien rodées

Ce ne sont pas les seuls, mais ce sont des cas instructifs parce qu'ils incarnent des positions différentes sur le sujet.

Et nous, alors ?

À l'atelier, on n'a pas de défilé en réalité augmentée à proposer. On fait des choses qu'on peut toucher, sentir, porter. Cela ne veut pas dire qu'on méprise le numérique. On regarde, on apprend, on s'intéresse. Mais notre métier reste un métier de main, et il y a une dignité à le défendre comme tel.

Ce qui nous intéresse, c'est l'hybridation. On peut tout à fait imaginer une broderie dont le motif a été dessiné par algorithme, ou un patron qui intègre un calcul numérique pour optimiser la coupe. Ces ponts existent et vont se multiplier. Le tout-numérique ne nous semble pas être l'horizon, l'hybridation oui.

Pour aller plus loin

Si la mode te passionne, on parle souvent de ses évolutions dans le journal de l'atelier. Et pour démêler le vocabulaire technique de la couture, le lexique reste un bon point de départ.

Auteur
— L'auteur de l'article

L'équipe Coutureo

Broderie · DIY · réparation textile

Des guides, idées et conseils écrits pour t'aider à créer, réparer et personnaliser à ton rythme.

117articles publiés
Voir le journal →
— De la lecture a la pratique

Envie de passer a l'aiguille ?

Nos kits de broderie reunissent tout le necessaire — tambour, fils DMC, lin et livret pas-a-pas — fabriques et expedies de France, livres sous 48 h.

Decouvrir tous les kits de broderie →
Chargement...
Retour en haut